Église fortifiée

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Cette église fortifiée de Thiérache à Wimy (Aisne, France) est flanquée de deux tours.

Une église fortifiée est une église qui, outre sa fonction religieuse, joue un rôle militaire et comporte donc des équipements défensifs. Il en existe beaucoup dans les pays chrétiens d'Europe.

Histoire[modifier | modifier le wikicode]

Au Moyen Âge, les guerres sont très nombreuses, le plus souvent entre seigneurs voisins. Ces hostilités menacent notamment les petits villages, dépourvus de châteaux. Les églises, qui sont présentes dans toutes les communes, apparaissent comme lieu de refuge en dernier recours pour les paysans.

Ainsi, dès le IXe siècle, des églises fortifiées surgissent un peu partout en Europe. Afin de mieux assurer leur rôle défensif, elles intègrent des caractéristiques militaires comme des remparts, des meurtrières, des tours ou des murs particulièrement épais.

Progressivement, les monastères vont aussi s'encercler de murailles ; dans ce dernier cas, cependant, l'enceinte peut être due, au-delà des raisons défensives, au désir d'isolement.

Exemples d'églises fortifiées[modifier | modifier le wikicode]

Façade de la cathédrale de Rodez, église défensive.

France[modifier | modifier le wikicode]

En France, les églises fortifiées les plus célèbres sont celles de la région de Thiérache. On en décompte plus de 65, concentrées dans une petite zone circulaire. Censées assurer la protection des villages à la frontière entre la France et le Saint-Empire romain germanique, elles ont été érigées pour la plupart entre les XVIe et XVIIe siècles.

Dans la Dordogne, théâtre pendant tout le Moyen Âge de nombreuses guerres entre l'Angleterre et la France, on compte également beaucoup d'églises fortifiées. Dans cette région, l'Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Grand-Brassac comporte des éléments défensifs comme un mur surmonté de créneaux ou un chemin de ronde ; sa construction, en 1140, est utile puisque l'édifice a essuyé plusieurs attaques, notamment pendant la guerre de Cent Ans.

Autre église construite pour faire face aux invasions anglaises pendant la guerre de Cent Ans, l'église Saint-Pierre de Le Boupère, en Vendée, a été fortifiée au XVe siècle : elle intègre des murs crénelés, un chemin de ronde 20 mètres au dessus du sol, deux échauguettes ou des mâchicoulis.

L'église de-la-Nativité-de-la-Vierge, à Dugny-sur-Meuse dans la Meuse, a elle aussi été fortifiée, car proche de la frontière germanique. Elle comporte des équipements défensifs comme le hourd en bois qui surmonte le clocher ou des meurtrières.

L'Église de Saint-Juvin, en Champagne-Ardennes, a été édifiée entre 1614 et 1624. Son aspect imposant et massif fait d'abord plus penser à un château fort, mais il s'agit bien d'une église, avec des tours, des meurtrières et des mâchicoulis.

L'Église Saint-Martial de Rudelle, en Midi-Pyrénées, présente elle aussi plutôt l'apparence d'un donjon de château fort, avec ses murs très hauts, son toit plat et ses créneaux. Mais ne vous y méprenez pas !

Il arrivait aussi que les façades d'églises soient incorporées aux remparts de la ville. C'est le cas de la cathédrale de Rodez, en Aveyron, flanquée de deux tours massives et dépourvue de porte d'entrée sur sa façade.

Royaume-Uni[modifier | modifier le wikicode]

Au Royaume-Uni, on trouve le plus d'églises fortifiées dans le Nord de l'Angleterre, à la frontière avec l'Écosse : en effet, au Moyen Âge, les deux territoires n'étaient pas unis et une bonne défense devait être préparée pour parer à toute attaque. De même, de nombreuses églises fortifiées sont implantées à la frontière entre le Pays de Galles et l'Angleterre.

Tout comme l'église de Saint-Jean l'évangéliste, l'église de Saint-Michel, à Burgh by Sands, en Cumbrie (Angleterre), est un bon exemple de ces églises fortifiées qui protégeaient l'Angleterre de l'Écosse, perpétuant la tradition du mur d'Hadrien. Édifiée au XIIe siècle et fortifiée deux siècles plus tard, cette église comporte une tour de trois étages, crénelées et percées de meurtrières dans la partie inférieure.

Au Pays de Galles, le prieuré d'Ewenny est très impressionnant avec sa tour crénelée et, plus encore, avec ses hautes et massives fortifications. Cette église, tout en servant de lieu de culte, a su depuis sa fondation au XIIe siècle assurer non seulement la protection du village, mais également l'assujettissement des Gallois.

Dans la même région, l'église Saint-Michel à Garway dresse elle aussi en avant-garde sa large tour de défense avec fenêtres de tirs.

Roumanie[modifier | modifier le wikicode]

Église de Biertan, schéma des fortifications.

En Roumanie, c'est en Transylvanie, pays de Dracula, que l'on trouve le plus d'églises fortifiées. On doit ces magnifiques ouvrages architecturaux aux Saxons, artisans et fermiers, immigrés en Transylvanie. En effet, dès le XIIIe siècle, ces expatriés redoutent beaucoup des attaques de la part des Ottomans ou des Tatars. Forts de leur savoir-faire germanique — qu'ils avaient su conserver parmi les Hongrois et des Roumains locaux —, ils décident de fortifier leurs lieux d'habitation en vue d'éventuelles attaques. Les villes les plus peuplées sont entièrement entourées de murailles, mais les villages les plus modestes n'ont pas assez d'argent pour financer de telles protections. C'est pourquoi dans de nombreux villages, du XIIIe siècle au XVIe siècle, les églises se sont entourées de fortifications afin de servir d'entrepôt et de lieu de refuge en cas d'invasion.

L'église de Prejmer1 est une des premières et des plus puissantes églises fortifiées de Transylvanie, régulièrement attaquée par les Ottomans et presque jamais prise. Édifiée au XIIIe siècle, elle comporte une église centrale entourée d'une muraille très épaisse et haute (3 à 4 mètres d'épaisseur et 12 mètres de hauteur), précédée d'un large fossé rempli d'eau et jalonnée de cinq tours défensives. Un tunnel long de 30 mètres, équipé d'une herse en fer et d'une porte de chêne, marquait l'entrée du complexe architectural. Au-delà de ses qualités défensives, le bâtiment avait également de grandes capacités d'accueil : en cas de danger, les 1 600 villageois pouvaient se réfugier dans l'édifice et résider dans les 270 chambres du complexe.

L'église de Biertan, construite au XVe siècle, est elle aussi une véritable forteresse, aussi imprenable qu'un vrai ouvrage militaire. Surplombant le village du haut d'une petite motte, l'édifice de style gothique est équipé d'un grand système de fortifications : trois rangées de remparts entourent l'église à des niveaux différents, six tours défensives avec hourds les jalonnent et une cour de défense s'étend dans la partie supérieure. Enfin, pour la sécurité des résidents, les portes de passage étaient munies d'une série de verrous réputés dans toute l'Europe pour leur remarquable complexité.

Certaines églises ont transformé leur clocher en donjon, comme l'église de Rotbav ou celle de Iacobeni qui, outre son donjon, est également équipée d'un rempart de 3 m d'épaisseur et d'une autre tour faisant office de portail avec une herse2.

Pays du Nord de l'Europe[modifier | modifier le wikicode]

Église Saint-André, Cracovie (Pologne).

Les pays du Nord de l'Europe, comme le Danemark, la Pologne, la Suède ou encore la Biélorussie, recèlent eux aussi de nombreuses églises fortifiées. Ces édifices religieux nordiques sont souvent des églises dites « rondes » : elles suivent un plan circulaire afin de mieux se défendre.

Construite en 1100, l'église d'Osterlarsu, sur l'île de Bornholm dans la mer Baltique (Danemark), garde les traces d'une église fortifiée autrefois très puissante. Église ronde, dotée de contreforts visibles, c'était un lieu de refuge pour les habitants de l'île en cas d'attaque. Elle est percée de fenêtres de tirs par lesquels on pouvait aisément viser les assaillants ; cependant, meurtrières et mâchicoulis ont été retirés plus tard au profit d'un toit pour couvrir l'édifice.

L'église de Solna, en Suède, est elle aussi une église ronde. Construite au XIIe siècle, elle est recouverte d'une coupole verte. La petite tourelle qui la surmonte servait aux hommes à défendre femmes et enfants entassés dans les étages inférieurs. On trouve au total en Suède huit églises rondes, toutes décorées avec de magnifiques fresques murales.

En Pologne, l'église Saint-Rochet et Saint-Baptiste du petit village de Brochow comporte trois tours massives (deux en façade et une autre en retrait) et un mur d'enceinte rectangulaire. Construite au XVIe siècle, cette église vit célébrer sous son toit le baptême du célèbre Frédéric Chopin.

Près de la capitale polonaise, dans la vieille ville de Cracovie, on trouve également l'église Saint-André. Construite au XIe siècle, cette église romane, décorée à l'intérieur en rococo, est flanquée de deux tours octogonales percées d'étroites fenêtres de tirs. Elle est d'ailleurs la seule à avoir repoussé l'assaut tatar en 1241 et à avoir pu ainsi garder la population réfugiée en lieu sûr.

En Biélorussie, on compte également de nombreuses églises fortifiées. Mais, cette fois, ce ne sont pas uniquement des églises catholiques : il y a également des églises orthodoxes et des synagogues juives, comme celle de Bykhaw (wp), en partie détruite — il n'en reste qu'une tour défensive. Les églises de Murovanka et de Synkovichi, de religion orthodoxe, suivent un plan rectangulaire : elle sont flanquées à chacun des quatre angles d'une tour dotée de mâchicoulis et de meurtrières.

Portugal[modifier | modifier le wikicode]

Au Portugal, il reste encore de nombreuses églises catholiques fortifiées. En effet, le style gothique n'aura pas eu totalement raison du style roman et beaucoup d'églises gothiques conserveront des caractéristiques militaires issues des temps romans : allure massive, peu de décorations en dehors du portail et des fenêtres et éléments défensifs.

Les cathédrales de Lisbonne et Coïmbre sont des parfaits exemples de cathédrales romanes fortifiées ayant survécu au gothique. Celle de Coïmbre, construite au XIIe siècle, garde les traces de ces tensions guerrières dues à la Reconquista : murs crénelés, percées d'étroites fenêtres et dotés de mâchicoulis. Celle de Lisbonne, qui date de la même époque, est, elle, dotée de deux tours massives, mais ne se différencie guère plus de la première.

L'église de Leça do Balio, dans le district de Porto, fut construite en granite au XIVe siècle. Ce monastère, dont tous les murs sont surmontés de créneaux, est flanqué d'une tour de 28 mètres avec mâchicoulis. Le Flor da Rosa est quant à lui un palais gothique crénelé, faisant partie du monastère homonyme, qui servait de lieu de protection.

Pays de l'Ouest de l'Europe[modifier | modifier le wikicode]

En Allemagne également, de nombreuses églises ont été fortifiées à cause de la guerre de Trente Ans pendant laquelle des soldats sillonnaient l'Allemagne, ravageant et pillant tout sur leur passage. Certains systèmes sont même inventés, comme le cimetière militaire (Wehrfriedhof) : celui-ci, entouré d'un mur de protection, évitait à l'église adjacente d'être fortifiée, mais offrait un lieu de refuge où des activités de commerce pouvaient se développer en toute tranquillité.

L'église de Grafengehaig, Bavière, construite entre les XIIIe et XIVe siècles, est une des plus anciennes églises fortifiées d'Allemagne. Cette ville isolée, élevée et donc très exposée aux pillages, a su équiper son église de fortifications, parmi lesquelles un rempart et une tour. La ville de Hannberg est elle aussi surplombée par la tour de son église, impressionnant édifice lui-même doté de petite tourelle et ceint d'une muraille.

L'église Saint-Alban et Saint-Wendelin, qui date du XIVe siècle, comporte des meurtrières en lieu et place de fenêtres. Au XVe siècle, la nef et la tour ont été prolongées d'un maison à colombages.

L'église Saint-Abogast de Muttenz, près de Bâle, est sans doute la dernière église fortifiée de Suisse3. Construite en 1356 et fortifiée au cours du siècle suivant, cette église protestante est dotée d'un rempart crénelé et de portes surmontées de tours.

L'église Saint-Laurent de Gossoncourt, en Belgique, est célèbre pour son donjon, percé de meurtrières et flanqué au sud-ouest d'une tourelle.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Liens internes[modifier | modifier le wikicode]

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Pour voir l'organisation architecturale de l'église de Prejmer, consultez ce schéma.
  2. Pour voir l'organisation architecturale de l'église de Iacobeni, consultez ce schéma.
  3. D'après le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne
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