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Révolution russe de 1917

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La révolution russe est un évènement très important dans l'Histoire de la Russie et du monde. Elle se passe en deux étapes pendant l'année 1917. En « février », des manifestions et des grèves dans la capitale Pétrograd, renversent la monarchie tsariste. Alors que la guerre avec l'Allemagne continue, au printemps et à l'été, il y a concurrence pour le pouvoir entre le gouvernement provisoire (surtout composé de bourgeois) et le soviet de Pétrograd (composé d'ouvriers et de soldats) dans lequel le parti bolchevik renforce progressivement son influence. En « octobre », par un coup d'état contre le gouvernement provisoire les Bolcheviks s'emparent du pouvoir. Rapidement ils prennent des mesures destinées à établir un nouvel ordre politique et économique en Russie. De cette révolution naîtra en 1922 l'URSS.

Attention En 1917, les Russes utilisaient le calendrier julien qui était en retard de 13 jours sur le calendrier grégorien utilisé en Europe de l'Ouest. C'est ainsi que la révolution de février (calendrier russe) a eu lieu en mars (calendrier grégorien). Dans cet article les dates utilisées sont celles du calendrier grégorien. On a cependant conservé les noms universellement connus des deux révolutions celle de février et celle d'octobre.

Pourquoi une révolution ?[modifier]

Le tsar Nicolas II avant son abdication

Jusqu'en 1917, la Russie est gouvernée par le tsar Nicolas II. C'est un empereur, qui gouverne de manière autoritaire (le tsarisme est un régime autocratique). A la suite de la révolution de 1905 Nicolas II a été obligé de créer une Douma, parlement qui est censé représenter le peuple russe. Mais la mauvaise volonté du tsar et de son gouvernement empêche un fonctionnement convenable du système représentatif. Avec la guerre, et le départ du tsar pour le front, la tsarine Alexandra dirige en fait. Elle est entourée par un petit groupe d'hommes réactionnaires qui gravitent autour de l'indispensable et très influent Raspoutine (qui sera assassiné par des nobles en décembre 1916).

Depuis août 1914, la Russie est engagée dans la Première Guerre mondiale aux côtés des Anglais et des Français. Elle se bat contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. L'industrie russe est de création récente et sa production est insuffisante pour faire face à une guerre où le matériel joue un rôle considérable. La longueur des distances pour les communications et la rareté des moyens de transports rendent l'approvisionnement de l'armée russe très difficile. Le commandement russe, assuré au sommet par le tsar, se montre en dessous de sa tâche. La Russie a du mal à résister aux Allemands. Faute de matériel convenable et malgré le sacrifice des soldats les offensives russes échouent. Au commencement de l'hiver 1916-1917 la situation militaire devient dramatique. Les pertes russes (morts et prisonniers) sont considérables, les soldats sont mécontents de faire une guerre qu'ils ne comprennent pas.

A l'arrière de la zone des combats, la situation est aussi très difficile. Dans les campagnes, privées de main d'œuvre et traction animale mobilisées au service de l'armée, la production agricole diminue. La situation matérielle des paysans, déjà difficile avant la guerre, s'aggrave. L'approvisionnement des villes est compromis. Dans les usines, en particulier celles de la capitale Pétrograd (Saint Pétersbourg), les ouvriers et ouvrières sont mobilisés militairement pour produire le plus possible. Après une longue et pénible journée de travail, il leur faut passer des heures pour trouver la nourriture dans des magasins peu approvisionnés et se procurer un seau de charbon alors que dehors la température est souvent voisine de - 40°.

Au début de l'année 1917, les difficultés sont donc grandes pour le gouvernement russe et pour la population.

La révolution de Février[modifier]

Manifestants à Pétrograd pendant la révolution de « Février »

Le 8 mars 1917, la grève et des manifestations ouvrières ont lieu à Petrograd capitale de la Russie mais aussi grande ville industrielle. Pendant trois jours la grève et l'agitation s'amplifient. Le gouvernement, peu sûr de l'obéissance des soldats massés dans la ville et non soutenu par les hommes politiques et même par la noblesse, ne réagit pas.

Le 12 mars une partie de la garnison de Pétrograd se range du côté des manifestants. Le gouvernement impérial, n'ayant plus de soutien possible, est éliminé et un comité provisoire formé par des députés de la Douma le remplace. Mais le même jour les ouvriers manifestants, les soldats révoltés rejoints par les militants des divers partis socialistes russes, forment le soviet des ouvriers et soldats de Pétrograd. Le soviet décide de prendre en charge le ravitaillement, de reprendre en main la garnison et de placer ses délégués auprès de ceux du gouvernement provisoires dans divers organismes de État. Il y a alors deux pouvoirs à Pétrograd.

Le 15 mars, le Tsar abdique (c'est-à-dire quitte le pouvoir) au profit de son frère, le grand-duc Michel1 qui refuse. Le même jour un gouvernement provisoire est mis en place, il est composé de ministres pris parmi les députés des partis bourgeois. Le gouvernement provisoire décide immédiatement d'accorder les libertés politiques de base (réunion, presse...) et de convoquer une assemblée constituante chargée de mettre en place une organisation nouvelle pour la Russie.

De Février à Octobre[modifier]

Pour en savoir plus Pour en savoir plus, lire l’article : Gouvernement provisoire (Russie).

La guerre continue[modifier]

La guerre contre les Allemands et les Austro-Hongrois continue. L'armée russe compte alors près de treize millions de soldats. Jusqu'en avril les cas de mutineries sont rares parmi les soldats qui sont au front. Par contre à l'arrière les régiments de réserve sont plus agités. Au cours du printemps cette agitation se répand dans toute l'armée. Progressivement les soldats organisés en sovietPrécision se mettent à discuter les ordres de leurs officiers dont une partie est d'origine noble. Le ravitaillement de l'armée en nourriture est difficile (on est en période de soudure entre deux récoltes), les industries et les transports désorganisés par les grèves ouvrières ralentissent les livraisons du matériel militaire.

L'offensive organisée au début juillet débouche sur un échec sanglant. Les soldats commencent à déserter (plus de 200 000 de juillet à novembre). Ils retournent dans leurs villages d'origine où ils ont entendu dire qu'on commençait la redistribution des terres. Dans leur voyage de retour ils se nourrissent sur le pays et entretiennent les désordres.

Troubles sociaux dans les campagnes[modifier]

Dans les campagnes la situation change plusieurs fois entre mars et novembre 1917. Le printemps est marqué par des troubles violents dans les régions de la moyenne Volga. Les domaines des nobles et des paysans aisés (les koulaks) sont pillés et on revient aux pratiques communautaires de la mise en valeur des terres. Par contre en Ukraine, où les paysans aisés sont nombreux et où les soldats-paysans cosaques répriment vite tous troubles, le printemps est plus calme. Les travaux agricoles de l'été occupent les paysans. Mais le retour progressif des soldats-déserteurs dans leur village accentue la demande de partage des terres appartenant aux nobles et aux koulaks. Les troubles reprennent dans la région de la moyenne Volga et même en Ukraine. Le ravitaillement des villes devient problématique.

Organisation des soviet[modifier]

La révolution s'étend dans tout le pays et les notables (personnes jusqu'alors importantes dans leur localité), qui dirigeaient au nom du tsar, sont destitués ou bien partent d'eux-mêmes. Dans les villes et les villages, à l'annonce de la révolution dans la capitale, des soviets se forment. Ce sont des assemblées d'ouvriers, de paysans et de soldats élus qui s'organisent pour gérer les entreprises, remplacer l'administration disparue. Rapidement, les soviets s'occupent aussi de la politique, ce qui force la Douma à prendre en compte leurs opinions.

Dans les soviets s'affrontent différentes opinions politiques toutes issues du courant socialiste. Rapidement les socialistes-révolutionnaires, très influents dans les campagnes, et les mencheviks, sociaux-démocrates modérés très écoutés par les ouvriers et les fonctionnaires, prennent la direction des soviets. Ce sont pour la plupart des modérés qui sont inquiets d'un risque de révolution violente et souhaitent une entente avec la bourgeoisie russe pour installer la démocratie en Russie. Ils veulent également le développement économique par un partage plus équitable de la propriété de la terre et la création d'une industrie plus importante qui augmenterait le nombre des ouvriers très peu nombreux dans la population russe de 1917. Les bolcheviks 2, qui forment la minorité sociale démocrate, encore faiblement présents dans les usines et privés de ses chefs qui sont exilés à l'étranger, sont plus radicaux et plus favorables à des changements en profondeur. Ils rejettent l'alliance avec la bourgeoisie. Ils veulent la suppression de la propriété privée de la terre et des entreprises industrielles, bancaires et commerciales. Ils sont également favorables à l'arrêt de la guerre.

Lénine, trois ans après les évènements

Le retour de Lénine[modifier]

En avril 1917, Lénine chef des bolcheviks, qui était en exil en Suisse, rentre en Russie. Il est suivi par les autres chefs bolcheviks. Lénine publie les Thèses d'avril dans lesquelles il expose ses idées. Il s'oppose au gouvernement provisoire et explique que seul le plein pouvoir aux soviets est à même de sauvegarder les acquis de la révolution. Il prône la confiscation et le partage des terres par les paysans, le passage immédiat à une république des soviets et le boycott du gouvernement provisoire (soit le refus d'y participer). Les bolcheviks entreprennent de gagner la majorité des ouvriers, en particulier ceux du soviet de Pétrograd. Début juin, profitant des maladresses du gouvernement provisoire et de la politique anti-ouvrière des patrons, ils y parviennent.

Dans les villes la situation, déjà difficile en février, s'aggrave. Le ravitaillement alimentaire est très insuffisant. Les prix doublent au printemps, les produits qui ont disparu des boutiques sont vendus au « marché noir » à des prix très élevés. Le gouvernement provisoire ordonne des réquisitions chez les paysans qui s'affolent. Et ces mesures sont souvent inefficaces fautes de fonctionnaires pour les appliquer. Le chômage progresse. Faute de recevoir de l'énergie ou des matières premières, les patrons décident le « chômage technique ».

Devant les revendications d'augmentation des salaires ou de réduction de la journée de travail à 8 heures les patrons pratiquent le « lock-out » : ils ferment leurs entreprises et n'envisagent de les rouvrir qu'avec des salariés obéissants. La chasse aux « meneurs » des grèves et manifestations de mars est pratiquée. Même des salariés modérés sont mis à la porte. Progressivement les ouvriers en viennent à penser qu'ils doivent prendre en main la direction des entreprises. Ils rejoignent ainsi les bolcheviks. Le parti, jusque-là composé surtout d'intellectuels, recrute. Il a 200 000 adhérents en juillet 1917. Certains bolcheviks s'arment et s'entrainent clandestinement, ils forment la « garde rouge ».

Tentatives de prise de pouvoir par les soviets et les monarchistes[modifier]

En juillet 1917, contre l'avis de Lénine, le soviet de Pétrograd provoque une insurrection. Le gouvernement provisoire présidé alors par Kerensky, un socialiste très modéré, parvient à la réprimer grâce à l'appui des soldats que le gouvernement avait regroupés autour de la capitale. Lénine doit s'enfuir en Finlande toute proche. Mais en septembre, la tentative de coup d'État monarchiste du général Kornilov échoue grâce à l'intervention armée des « gardes rouges ». Le gouvernement n'a plus de prise sur la situation. Les bolcheviks s'organisent pour s'emparer du pouvoir par un coup d'État.

Le coup d'État bolchevik : la révolution d'Octobre[modifier]

En octobre, Lénine et Trotsky considèrent que le moment est venu d'en finir avec la situation de double pouvoir (le gouvernement officiel à la Douma, le gouvernement réel aux soviets). Les débats au sein du Comité central du Parti bolchevik, afin que celui-ci organise une insurrection armée et prenne le pouvoir, sont vifs, certains considérant qu'il faut encore attendre et agir en accord avec d'autres formations révolutionnaires. Mais Lénine et Trotsky l'emportent et après avoir résisté, le Comité approuve et prépare l’insurrection, qui doit se tenir juste avant l'ouverture du IIe congrès des soviets, le 7 novembre.

L'attaque sur le palais d'Hiver

L'insurrection éclate dans la nuit du 6 au 7 novembre (24 et 25 octobre dans le calendrier russe de l'époque). Un Comité militaire révolutionnaire, dirigé par Trotsky et composé d’ouvriers armés, de soldats et de marins, est créé et organise la prise d’assaut des points stratégiques de la ville, comme le palais d'Hiver, siège du gouvernement provisoire, le central téléphonique, les gares, les très nombreux ponts. Les marins révolutionnaires du port militaire de Cronstadt, tout proche de Pétrograd, envoient un de leurs bateaux de guerre.

Les évènements se déroulent presque sans résistance : les bolcheviks parviennent à prendre les symboles gouvernementaux sans opposition avant de lancer un assaut final sur le palais d'Hiver. Ce dernier, défendu par un millier de soldats, cède après un assaut confus où soldats et gardes rouges tirent en l'air, au prix limité de six morts. Un des évènements les plus importants du XXe siècle avait eu lieu sans trop de difficultés.

Premières mesures révolutionnaires[modifier]

Alors que les bolcheviks étaient encore pourchassés la veille, leurs journaux interdits et certains de leurs dirigeants en prison, ils sont désormais maîtres de la capitale. Le lendemain, 7 novembre, Trotsky annonce officiellement la dissolution du gouvernement provisoire lors de l'ouverture du Congrès panrusse3 des soviets des députés ouvriers et paysans (649 délégués y furent élus, dont 390 bolcheviks)

Dans les quelques heures qui suivirent, une poignée de décrets allait jeter les bases de la révolution :

Affiche de propagande bolchevique pendant la guerre civile
  • Décret sur la paix. Tout d'abord, Lénine annonce l'abolition de la diplomatie secrète et la proposition, à tous les pays en guerre, d'entamer des pourparlers « en vue d'une paix équitable et démocratique, immédiate, sans annexions4 et sans indemnités5 ». Seule l'Allemagne accepte. Le 15 décembre, un armistice russo-allemand est signé à Brest-Litovsk (une ville de l'actuelle Biélorussie située à la frontière polonaise) et des négociations de paix s'engagent.
  • Ensuite, un décret sur la terre : « la grande propriété foncière6 est abolie immédiatement sans aucune indemnité5 » et les soviets de paysans deviennent libres d'en faire ce qu'ils désirent (socialisation de la terre ou partage entre les paysans pauvres). Dans les faits, ce décret entérine la réalité existante, puisque les paysans ont spontanément procédé depuis l'été à des occupations massives de grands domaines. Les anciens propriétaires, mais aussi les paysans qui ne sont pas d'accord avec les soviets de paysans, fuient les campagnes et, parfois, sont tués.
  • D'autres mesures suivront, comme la nationalisation des banques, le contrôle ouvrier sur la production, la création d'une milice ouvrière, la souveraineté et l'égalité de tous les peuples de Russie, leur droit à disposer d’eux-mêmes, la suppression de tout privilège à caractère national ou religieux, la séparation de l'Église orthodoxe et de l'État, le passage du calendrier julien au calendrier grégorien, etc.

La révolution russe ne se termine pas pour autant. Les gens qui ont perdu leurs richesses à cause des décrets des communistes, mais aussi beaucoup d'autres, déçus par la révolution, commencent à se révolter contre les soviets. C'est le début d'une guerre civile qui va durer jusqu'en 1921 et faire de très nombreux morts : de 5,8 à 8,8 millions7 (qui sont venus s'ajouter aux pertes humaines liées à la Première Guerre mondiale).

Voir aussi[modifier]

Notes[modifier]

  1. En Russie, « grand-duc » était le nom donné au prince de la famille impériale.
  2. On écrit aussi bolchevique au féminin et l'on trouve aussi parfois bolchévik et bolchévique.
  3. « Panrusse » signifie que cela concerne tous les soviets de Russie (les préfixes pan... ou panto…, issus du grec pas et pantos, indiquent l'idée d'intégralité, de rassemblement).
  4. Sans que des territoires d'un État soient soumis à la dépendance d'un autre État.
  5. 5,0 et 5,1 Sans somme accordée pour dédommager ceux ayant éprouvé des pertes.
  6. Liée à un fonds de terre.
  7. Source de cette estimation : Russie : Les pertes russes (1914-1922), Anovi (site personnel d'Éric Labayle, Parcay-sur-Vienne, France).

Article lié[modifier]

Liens externes[modifier]

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